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L’anxiété de la première bouchée


Le 21 décembre

Je dis à mon conjoint : Mets en que je vais commencer ça avant le temps des fêtes! C’est le moment parfait pour manger du gluten (c’est nettement moins compliqué d’être quelqu’un qui peut manger du gluten vs quelqu’un qui ne peut pas manger du gluten dans le temps des fêtes) et en plus, si je ne vais pas bien, tu vas être la pendant deux semaines pour m’aider avec les filles.
Parce que j’ai la chienne. Je suis terrorisée non pas à l’idée de manger du gluten (Mmmmm, un beigne glacé au miel…) mais à l’idée de revivre tous les symptômes. Parce que je sais que lorsque je n’avais pas d’enfants, ces symptômes-là étaient désagréables mais avec deux enfants en bas de 5 ans, ces symptômes-là peuvent causer des moments assez catastrophiques. Style revenir de la bibliothèque À PIEDS avec le bébé en porte-bébé qui te malaxe les entrailles pis pogner l’envie d’exploser vers le bas à mi-chemin. J’entends déjà ma grande me proposer de mettre les couches à sa sœur.

Le 23 décembre

Le premier dîner de Noël se passe chez mon père et ça tombe bien, il y a du pâté à la viande. Premièrement, il y a quelque chose d’assez jouissif dans le fait de pouvoir (ou devoir) manger du gluten : je ne demande à personne quels ingrédients ils ont utilisé pour concocter leurs mets. Parce que ça peut être assez casse-tête. De un, je dois demander qu’est-ce qu’il y a là-dedans. Question qui peut être mal prise par certains. Et parfois je dois être insistante : tu es sûr que c’est TOUS les ingrédients que tu as utilisé? Après, il faut savoir : est-ce que ces ingrédients contiennent du gluten? La plupart du temps, c’est des ingrédients que je ne connais pas ou n’utilise pas alors mon chum arrive dans l’histoire : « attends, on va demander à Google » qu’il dit. Et s’en suit un épisode de recherche plus ou moins fructueuse à parcourir les sites des compagnies ou les groupes Facebook (qui sont généralement d’une grande aide). Pour finalement me retrouver avec des carottes pis de la viande sans sauce dans mon assiette. Et quelqu’un de plutôt gentil à l’habitude qui me dit : »Ça doit pas être bien grave de toute façon que tu en prennes un tout petit peu? » Bien pas cette fois. Non, cette fois, je mange la même assiette que tout le beau monde avec qui je partage le repas pis je ne me sens même pas mal de demander avec quoi il a préparé son lapin parce que je le trouve si bon.

Ceci dit, ma première bouchée de pâté à la viande, je l’ai regardé une dizaine de secondes, elle m’a donné deux ou trois sueurs froides et je me suis demandé « tu le fais ou tu le fais pas? ». Advienne que pourra, elle s’est retrouvée dans ma bouche et je me suis tranquillement calmée. J’ai donc gouté à tout le repas, même le dessert, et je n’ai rien ressenti.

Je suis donc dans l’attente que le mal arrive.

Et, il n’arrive pas.

Nous suivons donc nos plans, nous partons chez mes beaux-parents qui m’ont préparé un Noël sans gluten. Je me sens donc plus en confiance, j’oublie que le mal devrait arriver et on va se coucher comme si rien d’anormal ne s’était produit. Parce que rien d’anormal ne s’est produit.

Le plus drôle c’est que cette soirée-là, je dois compléter avec une tranche de pain de blé parce que je n’en ai pas mangé assez dans la journée. Tu trouves peut être ça anodin mais pour une fille qui évite le blé depuis des années, ça fait drôle en tabarouette de devoir prendre du blé en fin de journée pour être certain de bien causer du tort qui pourra ensuite être mesuré.
Ceci dit, j’éprouve une certaine satisfaction à n’avoir aucune restriction.

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