Le 24 décembre
Je n’ai rien.
Rien de rien.
Même pas l’ombre d’un des symptômes si redoutés.
Le terme exact c’est que je suis flabergastée. Je m’emballe.
« Qu’est-ce que tu veux mon déjeuner? » me demande mon homme. Oui, mon homme me fait mon déjeuner le 24 décembre. « Deux toasts au beurre de peanut » que je lui réponds. Au blé.
Quand le médecin m’a annoncé qu’en effet, je devais manger l’équivalent de deux tranches de pain par jour, elle m’a spécifié maladroitement que je devais regarder les ingrédients de ces tranches de pains. Elle a mentionné le fait qu’il y avait bien des additifs dans certains pains et que je devais privilégier le pain de boulangerie. J’ai compris (une chance que je suis informée) que certains pains commerciaux avaient tellement d’ingrédients dans leur recette qu’au final, il y avait une moins grande teneur de blé donc de gluten. Comme je ne veux pas de faux négatif, je lui ai répondu que j’allais faire mon pain moi-même. Je le fais déjà sans gluten anyway. Elle était éberluée. Oui, à la veille de 2019, il y a encore des gens qui font leur pain! Surtout des gens pour qui leur pain coûte normalement 7,49$ pour une douzaine de tranches parfois remplies de trous.
Quelle satisfaction de faire un pain de blé! Parce qu’un pain sans gluten, on doit attendre les soirs de pleine lune, certaines planètes doivent être alignées les unes avec les autres et la température de la pièce doit être exactement à 23,64 degrés Celsius sans quoi, il y a soit une brique soit un fromage suisse qui sort du four. J’exagère à peine. À côté d’un pain sans gluten, faire un pain de blé c’est comme colorier un dessin sans dépasser les lignes : on se sent King pin.
Ce n’est pas tout! On est le 24 décembre. Bien sûr, ma belle-famille m’ont préparé un Noël sans gluten et ça me sécurise de savoir que je ne mangerai que mes deux tranches de pain de blé aujourd’hui. Je ne veux quand même pas abuser au cas où. T’sais. Au diner, j’apprends que mon neveu de 16 ans prépare LUI-MÊME des baguettes de pain pour le souper. Quand un ado te mentionne qu’il va prendre la peine de faire lui-même du pain et qu’il éprouve du plaisir à ce sujet tu ne peux que souhaiter pouvoir y goûter. En temps normal, je lui aurais dit avec un peu (pas mal) de regret dans le cœur que j’aurais v-r-a-i-m-e-n-t aimé y goûter. Comble du bonheur, j’y ai goûté, il était magnifique et je l’encourage fortement à continuer de cuisiner lui-même sa nourriture parce que c’est clairement le secret de la santé pour les prochaines années.
Je n’ai jamais eu de rancœur face à mon mode d’alimentation. Pour moi, le gluten me rendait malade et la solution était de ne plus en manger. Et comme je suis une fille de solutions, je n’y voyais pas beaucoup d’inconvénients. En ce 24 décembre, j’ai ressenti ce que je ne pouvais pas ressentir avant le sans gluten. J’ai réalisé que c’était léger de ne pas avoir de restriction alimentaire. Et j’imagine que c’est la même chose pour quelqu’un qui a des allergies, des intolérances. Ça devient une habitude de questionner les gens au sujet des ingrédients, ça devient un peu plus facile et léger avec le temps mais, comme toutes responsabilités importantes, ça vient avec une charge mentale qui peut être lourde parfois.
Je suis bien heureuse d’avoir décidé de commencer mon protocole de test avant Noël, ça me permet de vivre ce genre de situation peut être pour la dernière fois de ma vie. Ne vous en faites pas, je savoure chaque moment.
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